24 janvier 2017

La Difficulté à Devenir Ecrivain


 Écrivain, Machine, Écrire

Devenir écrivain, d’accord. Mais êtes-vous prêt à entrer dans les ordres ?

Vous avez décidé de coucher sur papier cette histoire qui vous démange depuis un bout de temps déjà. Ou peut-être l’avez-vous déjà écrite et dort-elle dans un tiroir ou un recoin de votre ordinateur en attendant l’éditeur éclairé qui saura reconnaître votre mérite.


Devenir écrivain : un vœu.

Vous n’avez probablement pas soufflé mot à vos proches de cette nouvelle passion, mais le soir, en vous endormant, vous rêvez de cabane au fond des bois ou de demeure au bord de l’eau dans laquelle vous pourrez couler des jours tranquilles en vous consacrant à votre activité d’auteur, débitant mille ou trois mille mots par jour viennent vents, grêle et marées.
Avec le numérique, les portes de l’écriture sont aujourd’hui grandes ouvertes.

Et vous avez raison. Avec le développement des nouvelles technologies d’édition, que ce soit le numérique ou l’impression à la demande, avec le foisonnement de nouvelles structures éditoriales qui vous permettront de voir vos écrits prendre vie sous la forme d’un ebook ou d’un livre papier, les portes sont aujourd’hui grandes ouvertes à votre imagination et votre créativité.
Une fois que vous avez mis le doigt dans l’engrenage de l’écriture, il va falloir accepter de vivre avec.

Mais avant de vous lancer dans ce qui sera sans doute l’un des plus grands défis de votre existence, il convient de mesurer les changements profonds que cette activité engendrera dans votre vie. Le mot « engendrer » est d’ailleurs très apte. De la même manière que le choix d’enfanter une progéniture changera à tout jamais votre mode de vie, l’écriture, si vous décidez de prendre ce chemin, va bouleverser vos habitudes et vous projeter dans un monde nouveau, à la fois solitaire et peuplé d’inconnu(e)s.

Vous pouvez écrire « pour vous détendre », vous amuser ou simplement passer le temps, une fois que vous avez mis le doigt dans l’engrenage, il va falloir accepter de vivre avec votre histoire et vos personnages pour le reste de votre vie. Vous pensez sans doute que j’exagère. Pas vraiment.

Examinons les faits.
G.R. Martin a mis 18 ans pour écrire les 5 premiers tomes de « Game of Throne »

Le temps.
L’écriture est une occupation qui va absorber plusieurs années de votre vie, et vous devez accepter cela si vous avez l’intention que vos écrits soient lus. Le simple fait d’écrire un roman peut prendre entre un et trois ans. C’est une moyenne. Certains auteurs sont plus rapides mais si vous regardez le rythme de parution des écrivains que vous aimez, vous noterez que la plupart ne publient que 2 ou 3 nouveaux titres par décade. G.R. Martin a mis 18 ans pour écrire les 5 premiers tomes de « Game of Throne » (et ce n’est pas terminé) et J. K. Rowlings a pondu les six tomes de Harry Potter en dix ans, ce qui est considéré comme très rapide dans l’industrie. En vous lançant dans un projet d’écriture ou de publication, vous devez être conscient que cela ne va pas se faire en un jour. Même si votre premier essai devient un best-seller, vous allez devoir y consacrer plusieurs années, entre la publication chez un éditeur, la sortie en poche, les traductions, etc. Donc si l’écriture est une activité qui vous tente, vous devrez accepter de la laisser dévorer une partie de votre vie. Voire le restant de vos jours.
Isolement, immersion, revenus modestes, des fidèles… le lot quotidien de l’écrivain

L’isolement.
L’écriture est une activité solitaire. Tous les auteurs vous le diront. Ils ou elles ont tous un endroit privilégié, un refuge qui leur permet de s’isoler de la vie quotidienne et de leurs proches afin de pouvoir se concentrer sur leurs écrits. Il va vous falloir tailler une tranche plus ou moins épaisse dans l’organisation de votre quotidien pour laisser la place au travail d’écriture. Si vous aviez auparavant une vie sociale bien remplie, vos amis vont commencer à se demander où vous êtes passé. Ils vous oublieront peut-être. Et si vous n’êtes pas à la retraite, vous allez devoir jongler entre votre activité professionnelle, vos obligations familiales, vos propres besoins vitaux comme manger et dormir, et votre activité d’écrivain. Cela ne vous laissera guère de temps pour des activités sociales. Il est même possible que les salons du livre n’aient d’autre but que de permettre aux auteurs de prendre l’air de temps en temps…

L’immersion. 
L’écriture a une dimension immersive. Que ce soit durant la période de gestation ou celle de l’écriture, vous allez être en quelque sorte « hanté » par votre roman. Même si vous n’écrivez que quelques heures par semaine, cette activité va absorber une partie de votre existence. Parfois assez importante. La création d’un roman se fait en grande partie dans votre tête et le temps que vous consacrez à écrire n’est que la partie visible de l’iceberg. Que ce soit le travail de recherche et de documentation, les idées qui vont vous assaillir à tout instant de la journée, les moments durant lesquels vous ressassez tel passage ou dialogue, vous allez être aspiré dans vos écrits de façon pratiquement continue. Vous n’êtes plus au clavier ou à la plume, mais vous continuez de travailler. Cela peut évidemment avoir un impact dans vos rapports avec votre entourage à qui vous paraîtrez parfois un peu distant, pour ne pas dire absent.

La vie matérielle. 
Les écrivains qui s’enrichissent ou simplement vivent de leur plume sont une très petite minorité. En 2013, seuls 4600 auteurs parmi les 101 600 recensés percevaient suffisamment de droits d’auteurs pour en vivre. Le revenu annuel moyen pour un auteur français était alors de 5500 euros. C’est moitié moins que le salaire d’un prêtre. Dans leur grande majorité, et même si personne ne crache sur l’argent honnêtement gagné, les auteurs travaillent d’arrache-pied par passion et par goût pour un salaire symbolique. Ce n’est pas pour vous décourager mais simplement pour faire un parallèle avec le sacerdoce. L’auto-édition a permis d’augmenter les revenus des auteurs en éliminant la plupart des intermédiaires mais, en France en tout cas, aucun auteur auto-édité ne peut encore se vanter d’avoir fait fortune.

Les fidèles.
Il y a également un aspect social à l’écriture qui est que, si votre ouvrage a un peu de succès, vous allez générer un certain nombre de lecteurs et lectrices qui vont vous inciter à continuer. Ce ne sont pas forcément des gens que vous rencontrerez mais ils seront là, à lire par-dessus votre épaule et à vous encourager à écrire encore. Même les quelques avis critiques devraient vous inspirer à essayer de faire mieux. Imaginez un instant qu’un auteur que vous appréciez cesse toute activité littéraire. Vous vous en sentiriez frustré. Agacé, même. Donc s’engager dans cette voie contient également une clause invisible. Vous vous engagez également à satisfaire vos lecteurs. Et, pour ceux et celles qui ont apprécié vos écrits, cela signifie continuer à nourrir leur imaginaire en publiant d’autres romans. C’est un point qui est laissé à votre discrétion mais qui n’est pas insignifiant.

Écrire : un sacerdoce.

Le temps. L’isolement. L’immersion. La vie matérielle. Les fidèles. Voici les cinq raisons qui me font dire que l’écriture est essentiellement un sacerdoce. J’espère que je n’ai découragé personne. C’est une des plus belles aventures qui soient. Mais il convient peut-être, si l’on veut faire cela sérieusement, d’y entrer avec la même détermination qu’on entrerait dans les ordres.

Patrick Ferrer

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