18 septembre 2017

Entre espoir et desepoir, l'équilibre demeure...


23 janvier 2003

Lorsque je suis arrivée chez mes parents avec ma sœur, ma mère n’était pas bien, elle angoissait. Sa psychiatre voulait la faire hospitaliser en hôpital de jour. Heureusement, j’étais assise quand elle a commencé à nous en parler :

— Tu l’as vu hier ta psychiatre ? demandai-je.
— Oui, hier, elle dit que ce serait bien si j’allais en hôpital de jour, tu ne te rends pas compte, on en finira jamais avec cette maladie, parce que c’est une maladie hein ? C’est pas du chichi... Je ne m’en sortirai jamais ! Ma mémoire décline, je le sens bien, tu sais un jour, je n’aurais plus du tout de mémoire... répondit-elle, les yeux remplis de larmes qu’elle retenait, mais qui coulaient malgré elle le long de ses joues.

Assise sur ma chaise, j’étais comme paralysée. J’avais envie de la serrer très fort dans mes bras et en même temps, je savais que si je faisais ça, nous allions nous écrouler à trois. J’ai regardé ma sœur, silencieuse, l’air grave, elle encaissait. J’en avais mal au ventre. J’ai essayé de dédramatiser la situation :

— Tu sais, ce ne serait peut-être pas plus mal l’hôpital de jour, au moins tu verrais du monde et tu ne serais plus toute seule toute la journée... ce serait plus rassurant pour toi d’être accompagnée au lieu de ruminer toute seule... tu serais occupée....

— De toute façon, ce ne serait qu’une fois la semaine, il n’y a pas assez de place pour tout le monde, ils prennent six ou sept personnes à la fois, rajouta ma sœur qui connaissait bien ce service puisqu’elle y avait travaillé, elle venait de le quitter... heureusement !

— Alors tu vois, ce ne sera même pas tous les jours, insistai-je.

— Mais comment je vais y aller, je ne peux pas conduire ?

— L’ambulancier viendra te chercher et il te ramènera, continua ma sœur.

Très perturbée par cette nouvelle, ma mère commençait seulement à accepter sa maladie, c’était une étape très douloureuse. Elle avait travaillé elle-même dans les hôpitaux de jour, elle savait de quoi il en retournait. Comment accepter le fait d’être passé de l’autre côté de la barrière ? Nous avons essayé de dédramatiser la situation pour l’aider à accepter les soins, car elle ne pouvait pas rester seule face à cette épreuve, il était impératif qu’elle soit accompagnée psychologiquement. Le pire était devant nous, nous avancions pas à pas vers l’inacceptable.

J’ai préparé du café, nous avons parlé de choses et d’autres beaucoup plus banales, puis ma mère s'installa dans le canapé pour regarder la télévision. Au bout d’un moment, nous avons décidé de partir ma sœur et moi, et en nous embrassant pour nous dire au revoir, ma mère nous demande :

— Qu’est ce que vous faites à Noël ?

— Euh.... à Noël ? Noël , 2003 tu veux dire, parce qu’on vient de passer Noël 2002 ? répondit ma sœur en me regardant, surprise par cette question plus ou moins déplacée dans le temps...

— Ah on en a raté un ! Tant pis on fêtera le prochain deux fois, continua ma mère en riant.

— Bah voilà, on fera comme ça, répondis-je pour conclure ce sujet embarrassant.

Ma mère nous posait cette question tous les ans, car elle aimait savoir où nous étions pour Noël et elle était évidemment ravie quand nous pouvions passer les fêtes avec elle, c’était une date importante pour elle. Cette année, perdue dans le temps, elle nous l’a posé avec un mois de décalage et mon beau-père ne s’est pas porté messager pour elle, à notre plus grand regret, mais il en est ainsi.

Putain de maladie ! Si j’apprends un jour que c’est héréditaire, je me jette sous un train ! Les recherches sont en cours...

Nous sommes parties avec la boule au ventre, ma sœur souhaitait que je dîne chez elle le soir, mais avant je devais prendre des nouvelles d’Angéla au restaurant, elle m’y a déposée et nous nous sommes donné rendez-vous pour le dîner. Entre deux, je me suis mise à faire des devis pour acheter une voiture, car je voulais pouvoir aller voir ma mère librement, quand je le souhaitais, je sentais que le temps pressait.

Quand je suis arrivée au restaurant, Angéla était dans le bureau :
— Bonjour Petite Mary !

— Bonjour...

— Ohlala... Tu es toute bizarre ? Tes yeux ? Qu’est ce que tu as ? Tu es fatiguée ?

— Fatiguée de la vie oui... fais chier... je suis allée voir ma mère...

— Ah... je comprends alors... allé ne t’inquiète pas, il y a des jours avec et des jours sans...

— Hum.... et toi ? Ton courrier ? dis-je pour change de sujet.

— Hé bien je vais te dire, les lettres sont arrivées en main propre puisque je suis allée lui donner directement dans son bureau ! Et je peux te dire que je n’avais plus affaire à la même personne , elle était transformée, toute gentille, méconnaissable ! À 9 h pile on est allé chercher le dossier pour mon mari, il y avait un monde fou, je n’ai jamais vu autant de monde ! Comme à la télé, tu vois pour les clandestins ? On a attendu longtemps et au bout d’un moment ils nous on dit qu’il n’y avait plus de ticket ! Si on voulait prendre rendez-vous, ce n’était pas avant mars ! Alors mon mari a couru voir la dame de l’accueil et il lui a dit que c’était juste pour retirer un dossier en lui expliquant sa situation. Bah figure-toi qu’il n’ a pas besoin de faire de changement puisqu’il est salarié !!

— Non, mais je rêve là ? Tu vois, je te dis qu’elle n’a pas le droit de faire ce qu’elle fait, j’en suis persuadée !

— Attends, ce n’est pas fini... Je suis donc allée frapper à sa porte pour lui dire qu’on n’avait pas besoin de faire de dossier, elle a fait sa surprise et elle m’a reçue dans son bureau calmement en me disant qu’elle allait me le donner elle-même, que j’avais trois feuilles à remplir et l’employeur de mon mari aussi. Elle va lui téléphoner et mon mari pourra continuer à travailler, bref, ce n’était plus la même...

— Quelle conne ! Mais il a toujours son récépissé d’un mois ?

— Oui, mais elle m’a assuré qu’il ne serait pas obligé d’arrêter de travailler.

— J’espère qu’elle va tenir sa parole et que les choses vont s’arranger, de toute façon il faut s’accrocher, je suis sûre qu’elle n’a aucun droit de faire ce qu’elle fait, elle a dû se rendre compte que vous n’alliez pas vous laisser faire.

En voyant l’espoir dans le regard d’Angéla, j’étais subitement émue, mes yeux se sont brouillés de larmes, mais cette fois, des larmes de bonheur. J’ai quitté Angéla sur cette lueur d’espoir pour rejoindre ma sœur chez elle. Sur le chemin, j’ai reçu un message de ma tante qui me demandait si j’avais plus de nouvelles de ma mère, car elle ne la trouvait pas très bien en ce moment. Je l'ai rappelée tout de suite et là, j’ai appris que l’histoire de l’hôpital de jour ne datait pas de la veille, mais d’au moins quinze jours puisque ma mère lui en avait déjà parlé. Elle n’a pas beaucoup de contact avec mon beau-père non plus, il fuit toute la famille. Il oublie que ma mère a une famille qui s’inquiète de son état de santé.

Il ne nous restait plus qu’à prendre rendez-vous avec le neurologue et le psychiatre pour savoir où en est l’évolution de la maladie, car nous franchissions une étape de plus.
Maryline

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