10 octobre 2017

Apprendre à s'aimer soi-même

Frères, Aimer, Baiser

13 novembre 2003

Ces quinze derniers jours, mes angoisses se sont accentuées concernant ma relation avec Sophie. Je suis devenue hypersensible aux moindres faits et gestes qu’elle avait envers moi, y compris son indifférence. Je ne supportais plus de passer une soirée devant la télévision, assise à ses côtés sans pouvoir parler, bouger, la toucher. Sophie se sert de la télévision pour s’enfermer dans sa bulle et elle devient inaccessible. J’avais le sentiment que ma présence était superflue, ma seule envie était de rentrer me réfugier chez moi. Elle met une certaine distance dans nos contacts qui me stresse. Il lui est arrivé de me repousser parce que je la dérangeais. Ensuite sont venues certaines remarques plus ou moins désagréables. Elle était en train d’ériger des barrières entre nous. Nous ne parlions plus comme avant, Sophie perdait son sourire et j’étais très inquiète. Ce n’est pas simple de s’accepter en tant que femme homosexuelle, surtout quand le chef de famille a du mal à avaler la pilule. Effectivement, depuis que ses parents sont au courant de la nature de notre relation, quelque chose a changé.

J’ai passé une bonne partie de la soirée à envoyer des messages à Sophie pour essayer de dialoguer et de comprendre ce qui est en train de se passer entre nous. Nous en sommes arrivées au fait qu’il était certainement préférable que nous retrouvions notre indépendance un peu plus souvent. Si nous ne sommes pas prêtes à partager des moments dans l’ appartement de l’une ou l’autre, il est difficile de se projeter sur une vie de couple commune. Nous avions besoin toutes les deux de cet espace sacré en solitaire. Nous ne sommes pas prêtes à faire des concessions.

Pourquoi avons-nous autant de mal à vivre ensemble alors que nous nous aimons ? Pourquoi l’amour ne suffit pas à tout résoudre ? Nous manquons de confiance en nous et en l’autre suite à nos échecs amoureux passés et pas si vieux que cela. Nous avons vécu six mois dans la passion et d’un seul coup, tout s’écroule. En vivant ensemble plus souvent, nous avons appris à nous connaître dans le quotidien, dans des situations basiques de la vie. C’est là que l’on découvre toutes les petites habitudes de l’autre et que parfois, on peut avoir du mal à trouver notre place. Depuis le mois d’octobre, je trouve que Sophie s’éteint. Ses yeux ne pétillent plus, elle perd sa joie de vivre. À travers les réflexions qu’elle peut me dire, je me sens parfois complètement rejetée. Je ressentais des accusations, une certaine autorité qui n’apparaissait pas avant et qui m’insupporte en ce moment. Je ne supporte pas l’autorité ! C’est le meilleur moyen que quelqu’un puisse utiliser pour me faire fuir. J’avais la sensation qu’elle avait quelque chose à me reprocher et qu’elle n’osait pas me le dire, qu’elle m’en voulait, je n’étais pas à l’aise avec ce que je ressentais, je retrouvais un peu ce que j’avais déjà vécu avec Léa.

 Autrement dit, j’attire toujours le même style de personne, quelque chose en moi attire ces femmes, mais je ne sais pas quoi... si je savais, j’y remédierais sans doute. Sophie n’accepte pas son homosexualité ou sa bisexualité, il serait préférable qu’elle continue à faire son chemin seule vers cette acceptation. Le fait de se sentir mal avec elle-même n’arrange en rien notre relation. La culpabilisation que je ressens vient peut-être de là, je suis la femme qui l’a détournée de son chemin hétéro. Je suis celle qui lui a dévoilé cette facette d’elle-même, une facette qui existait déjà en sommeil en elle et dont elle n’avait pas conscience. J’ai été la révélatrice de ce qu’elle rejette aujourd’hui. 

L’amour que je ressens pour elle ne suffira pas à apaiser notre relation si elle ne s’aime pas elle-même. L’amour de l’autre ne peut rien changer, seul l’amour de soi change tout. Sophie n’arrive pas à aimer cette femme homosexuelle en elle, comment pourrait-elle m’aimer ? Je représente tout ce qu’elle rejette. Elle a du chemin à faire avant de pouvoir vivre une relation épanouie avec une femme. Je l’aime, mais je n’aime pas le comportement et l’attitude qu’elle a envers moi. Je comprends qu’elle soit mal dans sa peau, j’ai connu cette étape-là moi aussi, je sais à quel point c’est difficile de s’accepter en tant qu’homosexuelle dans une société homophobe. Je ne lui en veux pas d’être mal, mais je ne peux pas accepter de recevoir son agressivité et sa colère, car je n’y suis absolument pour rien.
Nous allons continuer la route ensemble, mais chacune chez soi et nous nous verrons quand l’envie se fera vraiment sentir. 
Maryline

 

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