18 octobre 2017

La différence entre l'amour et le sexe

 Macro, Le Sexe, Gros Plan, Pré, Deux

1er janvier 2004

Bonne Année à tous ! Nous y sommes, une nouvelle année commence. Comme tous les ans, le mois de décembre a été difficile à vivre émotionnellement, Sophie a fini par me quitter. Je suis descendue aux enfers pendant quelques jours avec l’impossibilité d’écrire. Elle m’a expliqué qu’elle ne pouvait pas m’apporter ce que je voulais et qu’elle ne m’aimait plus comme avant. Tous mes rêves se sont subitement écroulés du jour au lendemain. Je n’arrivais pas à croire au fait qu’elle ne m’aimait plus, je pensais plutôt qu’elle n’arrivait pas à assumer son homosexualité face à ses parents et en particulier son père qui lui fait des remarques désagréables à ce sujet. Je me suis réfugiée dans ma carapace. J’ai passé mon temps au travail, je dormais très peu et très mal, j’essayais de m’occuper un maximum pour éviter de trop penser.

Il était prévu que je passe Noël chez ma sœur, mais elle avait invité mon amie du Morbihan, Anne, et Sophie était présente aussi. Jusqu’au dernier moment, j’étais incapable de savoir si j’allais pouvoir les rejoindre pour la soirée. Je ne voulais pas décevoir mon amie Anne, je suis donc allée à cette soirée. N’ayant pas le courage d’affronter Sophie, après m’être enfilé une coupe de Champagne au restaurant, je suis rentrée chez moi et j’ai avalé un whisky-coca en prenant ma douche ! Je n’avais pas d’autre solution pour me détendre, j’en avais mal au ventre à l’idée de voir Sophie. Il fallait que je décompresse d’une façon ou d’une autre.

Je n’ai pas vu grand-chose de la soirée et je n’ai rien compris non plus quand j’ai remarqué le regard de Sophie qui me dévorait littéralement. Je ne savais plus quoi penser mis à part que je restais sur ma certitude qu’elle m’aimait toujours, mais qu’elle n’assumait pas. J’étais étourdie et j’avais hâte que la soirée se termine.... que les fêtes soient passées, que le mois de décembre soit derrière nous. J’étouffais complètement entre ma sœur qui ne me lâchait plus, Anne qui souhaitait que tout le monde soit réuni et reprenait contact avec des gens qui ne m’intéressaient pas, mon travail qui était d’autant plus prenant, car nous étions en période de vacances scolaires, j’étais épuisée moralement et physiquement. Je ne souhaitais qu’une seule chose, être seule et qu’on me fiche la paix. J’étais en train de me perdre parce qu’on m’étouffait.

Après Noël, Sophie a souhaité me revoir pour me parler. Je suis passée chez elle sans vraiment m’attendre à quelque chose d’extraordinaire, je disais que nous allions sûrement encore brasser de l’air sur une discussion inutile et stérile. Elle m’a invitée à m’asseoir au salon et m’a servi un café. Heureusement que j’étais assise...

— Je voulais te voir pour te parler de quelque chose qui me travaille beaucoup, me dit-elle.
— Ah bon ? répondis-je étonnée.
— Oui.... j’ai rencontré un ancien copain d’école il y a quelques jours...
— Et alors ?
— Nous avons fait l’amour... il y a deux jours...
— En quoi ça me regarde ? Pourquoi tu me dis ça ? répondis-je sentant la colère et la déception monter en moi.
— Parce que je suis perdue... Je ne peux pas me passer de toi ni de lui...
— Pardon ? Tu le vois depuis quelques jours et tu ne peux pas te passer de lui ? Tu rigoles ou quoi ? Tu cherches quoi au juste ? dis-je énervée par ce que je voyais venir gros comme une maison.
— J’aimerais qu’on reste ensemble et continuer à le voir aussi...
— Et tu crois que je vais accepter ça ? dis-je interloquée.
— Oui... je sais que tu m’aimes et puis... ce genre de situation tu as déjà connu, je sais que tu as l’esprit et le cœur assez ouvert pour vivre des choses qui sortent de l’ordinaire...
— Quand il s’agit d’amour, oui je peux vivre des situations qui sortent des schémas de la société, mais là Sophie, ce n’est pas comparable avec ce que j’ai déjà vécu et en ce qui me concerne, il ne s’agit pas d’amour, mais de sexe ! Tu te découvres bisexuelle, je comprends que tu sois perturbée et que tu cherches à savoir où tu en es, mais s’il te plaît, ne mélange pas tout... Je ne connais pas cet homme et je n’ai pas envie de le connaître. Dans la relation dont tu fais allusion, je connaissais le couple et il y avait une complicité entre nous trois. Léa n’avait plus de relation intime avec son mari depuis longtemps et ils étaient liés par le SIDA ! Nous avons accompagné son mari toutes les deux jusqu’au bout, rien à voir avec ce dont tu me parles là ! Je ne suis pas adepte des relations triangulaires et pourtant, d’une façon ou d’une autre ça me colle à la peau depuis toujours, c’est incroyable ça ! Je ne comprends pas...

Sophie a posé sa tasse sur la table du salon et s’est rapprochée de moi pour me prendre la main.

— Mary, il n’est pas question uniquement de sexe, je t’aime et je l’aime aussi, je ne peux pas choisir... je ne supporte pas de ne pas te voir et je ne peux pas le laisser tomber...

Prise au piège par mes propres sentiments, je n’ai pas pu repousser ses avances. Mon corps et mon cœur réagissaient au quart de tour dès que ses mains se posaient sur moi, j’étais incapable de résister. Je sentais que l’histoire avec cet homme n’allait pas durer, quelque part je m’attendais à cette situation un jour, je suis passée par là aussi, à vouloir essayer d’être "normale" sous la pression du modèle social.
Au bout de quelques jours, je sentais que cet homme bien que vivant à plusieurs centaines de kilomètres de nous, était bien trop présent entre nous. Je ne supportais pas cette situation, car je ne l’avais pas choisie.

Finalement, Sophie a fini par rompre avec lui, elle se leurrait sur l’amour qu’elle lui portait, elle recherchait un simple géniteur... Elle ne voulait pas d’enfant tout de suite, mais elle pensait déjà à l’avenir, parce qu’elle était sûre d’une chose, c’est qu’elle voulait des enfants. Le frein dans notre relation pouvait effectivement se trouver dans ce désir que moi-même, je n’ai jamais ressenti. Quand elle était avec cet homme, elle avait le sentiment de me tromper bien que je sois au courant de cette relation. Elle était mal à l’aise sur tous les tableaux, mal dans sa peau parce qu’elle avait du mal à accepter son homosexualité.

Nous avons décidé d’essayer de sauver notre couple en prenant le temps de vivre notre amour, caché de sa famille dans l’immédiat, pour lui éviter du stress supplémentaire. J’étais partante pour essayer, patienter, elle réagissait exactement comme je m’y attendais, comme quelqu'un qui apprend à vivre quand on est homo. La société est vraiment pesante sur les relations... elle nous oblige à trouver la force en soi, le courage de s’accepter tel qu’on est, ce n’est pas si facile à vivre au quotidien. L’homophobie est toujours omniprésente dans l’esprit des gens quoiqu’on en dise, elle est dans l’inconscient collectif.
Maryline
 

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