25 octobre 2017

La jalousie détruit tout

Femme, Young, Pluie, Étang, Fond, Assez


5 mars 2004

Depuis que Léa m’a recontactée, nous nous sommes envoyé de multiples messages, les uns plus émouvants que les autres, et nous nous sommes revues pour passer des moments de loisirs que nous avions déjà en commun, comme aller traîner dans les bouquineries et autres entrepôts de livres d’occasion à la recherche de la perle rare qui interpellerait notre cœur. Nous avons retrouvé notre complicité, nos fous rires et nos délires. J’étais heureuse de retrouver celle que j’avais connue avant qu’elle ne rencontre JP.

Dans un domaine beaucoup moins exaltant, hier nous sommes allées rendre visite à ma mère. J’appréhendais un peu, car Léa n’avait pas revu ma mère depuis plus de deux ans et je me disais que ma mère la reconnaîtrait, mais n’arriverait peut-être pas à mettre un nom sur son visage. Quand je me suis garée devant chez mes parents, j’ai questionné Léa :

— ça va aller ?
— Oui, ne t’inquiète pas, je prendrai les choses comme elles viendront, si elle ne me reconnaît pas, tant pis.... je m’y attends, tu sais....

Il pleuvait, pour une fois ma mère n’était pas dans le jardin. J’ai ouvert la barrière en sonnant quand même pour prévenir de mon arrivée. C’est mon frère qui nous a ouvert la porte, ma mère se trouvait juste derrière lui. Elle passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte et vit Léa qui marchait devant moi. J’ai vu son visage s’égayer avec un large sourire, elle avait reconnu Léa !

— Bonjour.... dit Léa timidement.
— Oh ! C’est bien ça, je suis contente ! répondit ma mère en l’embrassant.

La joie s’inscrivait sur son visage, j’étais heureuse de lui avoir fait plaisir. Nous sommes entrées et nous nous sommes assises autour de la table de la salle à manger. Ma mère nous scrutait avec insistance, comme si elle cherchait quelque chose, un prénom peut-être... un souvenir... je ne sais pas.

Mon frère est allé réveiller son amie qui dormait, car ils avaient eu un accident de voiture tous les deux, elle avait eu le coup du lapin et une sciatique a suivi le contre-choc. Mon frère était arrêté a un feu et une camionnette leur a foncé dedans. La voiture est morte, ils ont eu beaucoup de chance. Son amie devait aller passer une radio, mon frère se préparait à l’emmener quand ma mère dit à sa future belle-fille :

— Elle fait partie de chez nous celle-là, tu sais ? En pointant Léa du doigt qui devint toute rouge.

Ça m’a fait chaud au cœur, elle n’avait pas oublié que Léa était sa « fille adoptive » reconnue noir sur blanc sur une feuille de papier qu’elle avait écrite et que Léa a toujours gardée dans son porte-feuille. Cette maladie fait oublier beaucoup de choses, mais conserve l’essentiel : l’amour. C’est tout ce qui compte... le reste n’est que futilité.

Depuis que je vois Léa régulièrement, mes relations avec Sophie se dégradent de plus en plus. Elle a annulé la semaine que nous devions passer ensemble à Cabourg. Les sentiments s’expriment dans la colère, elle est sur la défensive. J’ai beaucoup de mal a supporter ce rejet qu’elle a envers moi. Cela m’attriste profondément. Une certaine jalousie règne et détruit tout ce qui restait encore intact entre nous. Elle n’a pourtant aucune raison d’être jalouse, j’aime Léa sans aucun doute, mais d’une façon qu’elle ne peut pas comprendre. Si l’amour entre nous n’était pas inconditionnel, nous ne pourrions plus continuer à nous fréquenter depuis longtemps. Léa reste sûrement accrochée à ses sentiments, mais de mon côté, les choses sont très claires, mon amour est fraternel plus qu’autre chose.

Quand j’aime quelqu’un, je peux être amenée à aimer profondément sans pour autant avoir d’attirance physique, j’aime plusieurs personnes d’un amour indescriptible et pourtant, je n’ai aucune attirance physique ou sexuelle. Des gens sont restés dans mon cœur même après les séparations parce que je suis en paix avec ce que je ressens. Derrière les conflits, il reste toujours l’amour au final. Une fois les émotions négatives évacuées, l’amour reste quoiqu’il arrive avec tous. Quand on reste accroché au négatif, on ne ressent plus l’amour. Alors oui, je porte beaucoup de gens dans mon cœur, je n’est pas d’exclusivité, je ne peux pas avoir d’exclusivité et parfois je trouve que la vie de couple impose quelque part une certaine exclusivité qui ne devrait pas exister.
J’ai souvent remarqué que je suscitais la jalousie à ce niveau là, dans mes relations, c’est quelque chose que je ne comprends pas. Quand on a un cœur ouvert, il demande à aimer, c’est ce qui nous rend vivants, c’est ce qui nous rend joyeux : AIMER. Aimer n’a rien à voir avec désirer, s’attacher, posséder... Aimer c’est accueillir l’autre et le respecter tel qu’il est dans son entièreté, sans chercher à changer quoi que ce soit. Aimer c’est ne pas se servir de l’autre pour remplir nos vides intérieurs. Aimer c’est laisser l’autre libre. Aimer c’est juste ÊTRE, sans attente.
Une part de moi a cette connaissance de l’amour véritable et est capable de l’intégrer surtout, alors qu’une autre partie de moi n’arrive pas à avoir ce recul avec Sophie par exemple. Le rejet est tellement puissant qu’il engendre des émotions trop fortes pour que je puisse m’en détacher. Ne pas être aimée ne me touche pas, mais être rejetée, c’est une autre dimension qui m’affecte particulièrement et m’affaiblit moralement. Je pense que c’est particulièrement lié à mon expérience d’adolescente où j’ai été littéralement humiliée et rejetée pour ce que j’étais alors que je découvrais le bonheur d’aimer. J’ai été choquée, oui je peux le dire comme ça, humiliée et insultée parce que j’aimais une autre adolescente. J’en ai longtemps voulu à la terre entière, à l’amour lui-même puisqu’il me détruisait. Ce n’est pas l’amour qui fait mal, c’est ce que les gens en font.

En mai je louerai un gîte en Bretagne pour prendre l’air et décompresser un peu. Je partirai seule ou accompagnée, je ne sais pas encore...
Maryline

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