24 octobre 2017

Quand les esprits se rencontrent...

Pont, Or, Lumière, Mystique, Dramatiques

21 février 2004

J’ai eu une sacrée surprise hier en allumant mon téléphone après le travail ! J’avais un message de Léa qui me disait qu’elle n’était pas en Normandie, mais qu’elle aurait besoin de récupérer des livres qu’elle avait laissés chez moi, dont le Code civil. Elle m’a donné son nouveau numéro de téléphone pour que je puisse l’appeler pour que l'on puisse se voir. Hier, nous étions le 20, c’était la date anniversaire de Gilles, son ex-mari décédé. En arrivant chez moi, je lui ai renvoyé deux messages pour lui dire qu’elle pouvait venir quand elle le souhaitait.
Le soir même, j’étais déjà couchée avec mon livre entre les mains, mon portable sonna :

— Salut, c’est Léa !
— Salut...
— Je ne t’appelle pas pour t’embêter, je voudrais juste récupérer mon code civil.
— Oui, j’ai bien compris, je t’ai renvoyé deux messages, tu ne les as pas eus ? demandai-je étonnée.
— Si, mais j’ai changé de téléphone hier et je suis un peu dépassée par les événements... Comment tu vas ?
— ça va... sans plus...
— Et Sophie ?
— C’est terminé...
— Ah bon ? Pourquoi ? s’étonnait-elle.
— On se prend trop la tête, c’est compliqué... je crois qu’elle n’assume pas vis-à-vis de sa famille, c’est lourd...
— Alors là tu me scotches ! Je pensais qu’elle assumait complètement... Je ne m’attendais pas à ce que tu me dises ça...
— Et ta mère ? Comment va-t-elle ? continua-t-elle.
— Elle est sous traitement antiépileptique...
— Elle prend quoi ?
— Je ne sais plus le nom... pa... kine... heu.... je ne sais plus...
— Dépakine ?... Répondit-elle sans hésiter.
— Oui, c’est ça !
— Hum... hum...

Le silence s’installa entre nous, Léa savait ce que cela voulait dire, tout autant que moi. J’ai enchaîné pour changer de sujet :

— Et toi ? Depuis novembre, comment tu vas ?
— Bah j’ai rompu avant Noël, j’ai fait deux tentatives de suicide en décembre, deux en janvier, je voulais vraiment en finir... Avec JP les rapports sont devenus violents, il a fini par me casser un doigt. Là il est chez sa mère, dans le nord, car il travaille là-bas et j’ai la trouille de rentrer chez moi parce que je ne sais pas ce qu’il fait le week-end.
— Pourquoi tu ne portes pas plainte ?
— J’aimerais bien, mais si je fais ça, il va perdre la garde de ses gosses, la petite n’a que quatre ans...
— En attendant, la gamine, elle vit avec un père alcoolique et violent, porter plainte conte lui, c’est peut-être aussi protéger les enfants... tu ne peux pas savoir ce qui peut se passer...
— Elle ne se souviendra pas, elle n’a que quatre ans...
— Non, mais tu rigoles ou quoi ? Tu sais quels souvenirs j’ai de mon père ? Je n’avais que cinq ans quand ma mère a décidé de partir, je n’ai que des souvenirs d’alcool et de violence, sans parler de ceux que j’ai oublié, mais qui me pourrissent inconsciemment la vie !
— Pour moi c’est fini, j’ai des affaires à récupérer, mais je ne sais même pas si je vais les récupérer.
— Tu devrais te protéger...
— En tout cas, j’ai beaucoup pensé à toi et je peux te dire que tu m’as beaucoup manqué, tu m’as terriblement manqué, tu sais ?...
— Je suis contente d’avoir de tes nouvelles, mais tu es où là ?
— Chez un ami de longue date, à Toulouse, on s’est retrouvé et avec lui je retrouve la tendresse et l’affection...
— Tu as rencontré le bonheur alors ?
— Je ne sais pas encore... peut-être...

Elle connaissait cet ami depuis dix ans, il était gendarme. Il a connu Gilles aussi et il a retrouvé Léa par l’intermédiaire de sa belle-sœur au moment du jour de l’an. Quand Léa a fait sa tentative de suicide, sa belle-sœur a prévenu cet ami, il l’a ensuite appelé tous les jours. À sa sortie d’hôpital, il lui a proposé de venir lui rendre visite à Toulouse. Elle a accepté.
Au fur et à mesure de la conversation, je sentais que Léa avait bu, son ami n’arrêtait de faire l’imbécile derrière elle au téléphone, cela en devenait gênant pour entendre ce que me disait Léa. Au bout d’un moment elle a raccroché en me disant qu’elle me téléphonerait quand elle serait plus au calme.
Quelques minutes plus tard, mon portable sonna de nouveau :

— Allo ?
— Mary ? C’est Philippe, l’ami de Léa. Je te rappelle pour te faire toutes mes excuses pour tout à l’heure, j’ai fait le con au téléphone...
— Oui, mais ce n’est pas grave, vous avez bu ? Vous fêtez quelque chose ?
— Oui, on a un peu bu, on fête nos retrouvailles, Léa a décidé de se prendre une cuite !
— Tu connais Léa depuis longtemps ? demandai-je un peu sceptique.
— Depuis dix ans, j’ai connu Gilles aussi.. Léa est une femme formidable, elle a un caractère entier et.... elle t’aime beaucoup, tu sais ?
— Hum... On est le 20 février, c’est l’anniversaire de Gilles aujourd’hui, non ?
— Oui, tout à fait ! C’est pour cette occasion que Léa a décidé de prendre une cuite aussi...
— J’espère que tu prendras soin d’elle... elle en a besoin... elle a beaucoup souffert.... dis-je perplexe.
— Oui, je sais qu’elle a fait des bêtises, mais c’est une femme que j’adore et je peux te dire qu’elle t’aime énormément. Tu sais que tu as une voix charmante au téléphone ? Tu ferais craquer les mecs....
— Je n’ai pas vu Léa depuis longtemps, elle est comment ? Ses cheveux sont toujours aussi courts ? demandai-je pour couper court à la tentative de drague.
— Elle a les cheveux courts, mais elle va les laisser pousser pour moi, tu sais ce que ça veut dire ? me dit-il pour me taquiner.
— Oui, je sais...
— Alors tu connais bien Léa ! J’ai l'impression qu’on est complice tous les deux... non ? J’ai l’impression de te connaître alors que je ne t’ai jamais vu...
— Hum... c’est normal, tu connais Léa depuis aussi longtemps que moi, tu l’aimes autant que moi, c’est elle qui nous rapproche.... tout simplement !

Nous avons discuté encore un moment avant que Léa reprenne le téléphone. Cet homme avait l’air sympathique même si j’avais des doutes dus à alcool, je suis toujours sur mes gardes face à l’alcool. Il m’a rassurée, Léa aussi. Nous sommes restés une heure et demie au téléphone au total, Léa ne voulait pas raccrocher la première. J’ai fini par arrêter cette conversation et en éteignant mon téléphone, les larmes ont jailli toutes seules. Des larmes de bonheur de savoir Léa enfin en sécurité, mélangées aux larmes de douleur d’un passé trop lourd entre nous. Elle aussi, elle me manquait en ce moment, c’était la seule personne dans mon entourage, apte à comprendre ce que je vivais avec ma mère. Léa restait la « fille adoptive de cœur » de ma mère.

Aujourd’hui, j’ai reçu deux messages de Léa, où elle me répétait à jeun cette fois, que je lui avais énormément manqué et qu’elle m’... adorait. Je sentais qu’elle se raccrochait au passé. Elle me disait qu’elle allait regarder le film « Gazon maudit » dans la soirée, en pensant à moi. Quel film ! C’est le premier que nous avons regard ensemble, tout un symbole ! Je lui ai répondu qu’il fallait qu’elle profite du présent avec Philippe, qu’elle arrête de se détruire, et qu’elle prenne soin d’elle. C’était la seule chose qu’elle puisse faire pour moi, prendre soin d’elle.

Après qu’elle ait visionné le film, j’ai reçu de nouveau quatre messages dans lesquels elle me disait qu’elle était totalement avec moi pendant tout le film, que Philippe était seulement un très bon ami. Elle me rassura sur le fait qu’elle ne ferait plus de tentative de suicide, car la dernière qu’elle a faite l’a persuadé de rester sur Terre. Lors de son coma, elle était perdue, en arrêt respiratoire, elle a rencontré sa sœur et son père, tous deux décédés. Ils lui ont passé un savon, lui disant qu’il fallait qu’elle arrête ses bêtises, que son heure n’était pas venue. Elle a eu une discussion avec eux qu’elle n’oubliera jamais. Elle disait avoir retrouvé la force nécessaire pour être auprès de moi et m’accompagner près de ma mère. Je pouvais maintenant, compter sur elle à n’importe quel moment. Elle me rappelait au passage, qu’un jour elle m’avait dit que j’étais la femme de sa vie et que c’était toujours valable même si on ne savait pas de quoi l’avenir était fait...

Après cette lecture de messages, je me suis de nouveau effondrée en larmes. Je sentais la sincérité de Léa dans ses mots, j’aurais souhaité aussi que les choses se passent ainsi, qu’elle soit près de moi effectivement parce que j’avais besoin de soutien, mais en même temps, une part de moi savait qu’on était en train de se leurrer, de se raccrocher aux branches du passé. Je ne savais plus si je pleurais d’émotions, si j’étais heureuse ou malheureuse de retrouver Léa si proche de moi malgré la distance qui nous séparait. Elle a repoussé les limites de la mort au maximum pour retrouver sa sœur et son père. Ce qu’elle m’a raconté m’a bouleversée parce que je sais pertinemment qu’on peut retrouver ceux qu’on aime une fois passés de l’autre côté. La mort n’est pas une fin, juste une porte vers autre chose. Elle est allée chercher sa force de vivre de l’autre côté du miroir. Depuis quelque temps, les esprits des défunts sont présents dans ma vie d’une façon ou d’une autre.

Dans les discussions que j’ai avec mon amie Karine, ils sont très présents aussi. Nous avons passé trois heures au téléphone suite au retour de Léa dans mon présent. Karine rêvait beaucoup de Léa ces derniers temps, elle m’en parlait souvent, elle sentait qu’on aurait des nouvelles, moi aussi j’avais bien senti qu’elle me contacterait pour une raison ou une autre. J’avais la sensation de me retrouver dans la quatrième dimension. Karine est tellement ouverte à ces sujets hors normes qu’elle pense qu’un esprit habite chez elle...
Maryline

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